« On veut la liberté et des papiers » Manif du 15 mars devant le CRA du Mesnil-Amelot

Le 15 mars 2018, après deux semaines d’extrême violence dans le Centre de Rétention — passages à tabac, tentatives de suicide, déportations de retenus avec des lames de rasoir dans le ventre — nous sommes allé.es manifester devant le Centre de Rétention du Mesnil-Amelot pour soutenir les quelques retenu.e.s qui s’organisent pour résister.

Nous sommes donc parti.e.s, une cinquantaine, dont une large majorité d’exilé.es.

Le but de la manifestation était de rendre visibles ces violences quotidiennes souvent maintenues dans l’ombre des barreaux du CRA, de soutenir les retenu.e.s et de dénoncer le système carcéral comme gestion politique et sociale des pauvres et des étranger.ère.s. Lutter contre le système carcéral commence par briser les murs des prisons, symboliquement et concrètement : aller voir ce qu’il se passe derrière les murs et les barbelés, dénoncer toutes les formes de détentions, les violences physiques et psychologiques, dénoncer et mettre au ban toutes les collaborations, entendre et se faire l’écho des paroles politiques de celles et ceux qui y sont enfermé.e.s, soutenir leurs actes de résistances, les faire sortir par tous les moyens possibles 

Nous avons donc organisé un parloir sauvage. Les retenu.es sont sorti.es dans la promenade pour entendre nos paroles au micro: nous avions amené deux enceintes pour que le son porte au-delà des grillages qui nous séparaient. En même temps, nous avons branché nos téléphones aux micros pour qu’ils puissent nous parler et nous répondre (voir la vidéo). Il ressort de leur propos des revendications très claires: la liberté et des papiers.

Nous avons pu monter sur un muret pour les voir et qu’ils nous voient, alors que les avions survolaient toutes les 3 minutes le CRA d’un bruit assourdissant qui donne un aperçu de ce que vivent les retenu.e.s.

A. tchadien a pris le micro pour parler du prolongement du colonialisme dans le traitement des immigré.e.s, dont l’enfermement n’est qu’un triste exemple parmi tant d’autres. A. iranien a pris le micro pour parler aux Afghans enfermés parce que dublinés. Tout le monde a pu parler et être entendu.

Leur dernière phrase: « aujourd’hui les murs de la prison sont tombés ».

Suite à leur refus de nous recevoir, un courrier a été remis au directeur du CRA 3 M. William Leriche et à la directrice du CRA 2 Mme. Françoise Ciron pour exiger leur démission du fait de leur responsabilité dans la violence exercée par et à l’intérieur des Centres de Rétention. Le même courrier sera adressé aux directeurs.trices des CRA de Vincennes, Plaisir, Palaiseau et Cité : M. Bruno Marey, Mme. Virginie Coët et M. Laurent Destouesse et Mme Fauchard. Chaque participant.e du rassemblement a pu le signer (voir ci-dessous).

Ce que l’on peut tirer de cette action, c’est en tout cas que ça nous donne à toutes et tous du courage. Elle nous donne la force de continuer après ces deux semaines accablantes. Il y a eu comme un commun qui a existé le temps de la manifestation, un commun qui était séparé par des grillages mais qui se répondait à l’unisson des slogans « aourak, houriah, insaniah » (papiers, liberté, humanité).

Ces actions sont malheureusement trop rares et ne demandent qu’à être recommencées. Il faut multiplier les rassemblements devant les Centres de Rétention pour exiger leur fermeture, la fin du CESEDA et la liberté de circulation et d’installation.

PS1: en deux jours, déjà 4 personnes aillant participé au rassemblement parmi les retenus ont été mis dans un vol.

PS2: l’administration les a tous changés de bâtiment pour qu’en sortant en promenade ils ne soient pas vus de dehors et ne voient pas dehors, prétextant des travaux. Afin d’éviter toute nouvelle manifestation. 

PS3: Un retenu, G. nous raconte: « à cause de la manifestation, ils continuent, ils cherchent à faire des piques pour qu’on entre dans leur jeu mais on n’entre pas dans leur jeu, puis ils nous engueulent, ils veulent nous violenter, ils appellent leurs collègues pour faire des rapports, ils appellent le greffe, pour nous faire du mal, je ne sais pas. Il y en a un qui n’a pas mangé, il a peur qu’on lui fasse du mal, qu’on mette des médicaments dans sa nourriture. Comme si on était en prison, comme si on était des condamnés, qui ont commis des délits. Le traitement qu’on nous inflige, c’est celui de prisonniers. »

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