Nagmeldin, réfugié HCR darfouri: récit de rétention et de déportation

Le 24 février 2018, Nagmeldin est placé en Centre de Rétention Administrative de Vincennes. Il est arrivé quelques jours plus tôt du Soudan à l’Aéroport Charles de Gaulle, exfiltré par des humanitaires du fait du danger qu’il encourait dans son pays. Immédiatement placé en zone d’attente, il y n’y passe que quelques jours. Au cours de sa rétention, il subira 5 tentatives de déportation, toutes empêchées par sa résistance dans l’avion, celle des passagers et l’action de la Brigade Anti-Déportation. Et cela, au mépris de sa demande d’asile en recours à la Cour Nationale du Droit d’Asile. Il sort au bout de 45 jours, le 10 avril, car la police n’a pas réussi à le déporter. Nous reproduisons ici des textes écrits lors de son incarcération, par M., militante de la Chapelle Debout, et surtout par Nagmeldin depuis sa cellule en rétention. 

 

Texte de Nagmeldin

Je m’appelle Nagmeldin Hamdon, je suis un enfant du Darfour, du Soudan. J’ai beaucoup souffert et été menacé par la guerre au Soudan du fait du gouvernement et des mouvements armées Janjawid. Et par le passé on a assassiné beaucoup de membres de ma famille et des proches, morts dans la guerre au Darfour. On a été chassés après avoir détruit notre village et les lieux de notre enfance. On a été jetés dans les bras d’associations qui nous aidaient à obtenir la santé et l’éducation. Mais jusqu’à maintenant je n’ai pas de possibilité de m’installer dans mon pays. Je ne peux aller chez moi car on ne peut pas faire confiance à ce gouvernement. Je viens d’une tribu __, qui lutte au Darfour contre le gouvernement. Je jure au nom de Dieu que si jamais j’étais déporté au Soudan je serais tuée, que mon corps disparaîtra sans qu’aucun membre de ma famille ne le sache. Il faut savoir que le gouvernement soudanais torture, emprisonne et tue toute personne venant du Darfour. Le fait même de venir de là-bas constitue un acte d’accusation.

C’est pour ça que j’espère de l’aide des organisations qui luttent en France contre les déportations.

Je vous jure que je suis opprimé et seul, personne n’est là pour m’aider. Ô toi le monde ! Hier j’ai été arrêté par le gouvernement soudanais et enfermé deux fois dans la prison de Kouber. Si je retourne en prison je sais que je serai placé dans un quartier spécifique pour les personnes « évadées ». Et aujourd’hui depuis mon premir jour en France je suis en prison et seul, ce qui m’aide c’est le professeur M., le grand frère M. et le frère Houssam. Je n’ai pas de mots pour les remercier. Depuis le 15 février je suis

je demande à tout le monde de refuser ma déportation et d’être à mes côtés pour que l’on arrête de déporter des gens au Soudan. Je suis venu en France parce que des organisations françaises m’aidaient là bas et que je me disais qu’il y avait les droits de l’homme, aujourd’hui je sais que c’est un mensonge. Je vis des situations terribles en prison comme si j’étais un criminel, mais je suis juste un demandeur d’asile. Ici c’est difficile, il y a des criminels partout et la police ne fait rien. On se fait tapé par des georgiens, la police rigole et ne fait rien. Ils m’ont volé de l’argent, j’ai montré qui était le voleur à la police et on m’a frappé. Quand on dort on a peur d’être reveillé pour nous déporter, on peut pas dormir en paix, j’ai jamais été aussi peu en sécurité de toute ma vie. Ca fait 28 ans que mon père et ma mère sont séparés – ils ont divorcé. Où est le monde dans cette souffrance ? Je vous supplie de vous tenir debout à mes côtés, toutes les organisations solidaires d’être présentes dans ces jours sombres. Depuis mon france je suis opprimé par le gouvernement français. Il m’a volé 500 euros et 200 dollars ; à cause de l’avocat commis d’office A. Mekano. La police m’a juste dit « rentre dans le fourgon » et donné le numéro de téléphone de l’avocat. J’ai porté plainte avec l’association ASSFAM.

Je cherche la liberté personne ne se préoccupe e ma (15mn)

Je ne connais qu’une seule chose en France, où sont les droits de l’homme, j’ai toutes les preuves qui prouvent que je viens d’un camp de réfugiés

honte à vous

Toutes les organisations françaises et internationales étaient au camp, ils savent ce qui s’y passe.

venez me voir en prison

ô monde ressentez ce que je vis

 

Texte de M. datant du 23 mars

Depuis 27 jours Nagmeldin pourrit dans une prison pour non blanc.hes. Dans l’attente, avec des centaines de camarades marocain.es, égyptien.nes, algérien.Nes, ou croates dont la plupart disparaissent pendant la nuit, sur des vols « cachés » comme on dit. Ils et elles ont été arrêté.es au guichet d’une préfecture ou au comptoir d’une banque ; en sortant du métro ou sur le trottoir où ielles dormaient.

Dans cette prison, ce qu’ils appellent le parloir, c’est une pièce blafarde dans un préfabriqué, où visiteur.es et retenu.es sont aligné.es sur des tables devant les flics. Ils prennent leur pause déj’, se racontent leurs plans cul, parlent en arabe ou en espagnol pour faire savoir ou croire qu’ils écoutent et comprennent. Alors il faut chuchoter, retenir les larmes et rire un peu trop fort.

De la France, Nagmeldin n’a rien vu d’autre qu’un hôtel à l’aéroport Charles de Gaulle, un trou de rétention au commissariat du même aéroport et aujourd’hui la prison de Joinville. Lui aussi se fait donc « une certaine idée de la France ».

Il vient de Kalma, l’un des plus grands camps de réfugié.es au monde, une prison à ciel ouvert qu’encerclent et où parfois interviennent, les autorités soudanaises et leurs milices. Contre leurs meurtres, des exilé.es militant.es soudanais.es manifestaient encore récemment (septembre 2017) à Paris.

A Kalma, l’image de la France et de l’Europe c’étaient les actions d’organisations qui participent de la régulation et l’économie d’espaces à la fois concentrationnaires et « sanctuaires ».  C’est avec l’une de ses organisations qu’il a pu venir légalement en France mais c’est l’Etat français qui l’arrête le lendemain de son arrivée en prétextant que la durée de son hébergement ne correspond pas à la durée de son visa. On apprend à cette occasion que c’est une pratique courante pour justifier la rétention.
A l’OFPRA on lui rétorque que certes il est bien darfouri mais que ça ne mettrait pas pour autant sa vie en danger à Khartoum. On met aussi en doute le fait qu’il soit venu avec de « vrais » papiers : pourquoi, dans ce cas a t il été arrêté ?

Sa procédure de demande devant l’OFPRA est ainsi bouclée et bâclée en quelques jours. Commence alors une nouvelle attente, puisqu’il dépose un recours devant la CNDA mais ce recours n’est pas suspensif, et ce qu’on attend toutes et tous, c’est son prochain vol.

Car N. a déjà eu un vol depuis la zone d’attente, et deux depuis le CRA de Vincennes. Il a résisté à tous. A deux jours de la fin de sa rétention, on apprend qu’il en a un autre le soir même et on est sûr.es que cette fois il y aura une escorte déterminée à le faire partir.

Quelques phrases écrites juste après son dernier soir de rétention, où il a subi la dernière tentative de déportation. 

Dans l’avion, tous les passagers étaient debout à ses côtés, à l’exception notamment d’une ancienne d’Amnesty, qui nous a dit qu’elle ne ferait rien parce qu’elle « part en mission ».

On sait que N est descendu de l’avion mais jusqu’au lendemain impossible de le joindre. On devine donc qu’il a été placé en garde à vue, probablement pour « soustraction à une mesure d’éloignement ». C’est comme ça qu’on désigne la résistance aux injonctions des flics et des préfs, et que l’on acte que l’étranger n’est jamais plus criminel que lorsqu’il tente de se désister de ce statut d’étranger.

Effectivement, Nagmeldin a été placé en GAV le soir même, avec à la clé une comparution immédiate. Une report a été demandé et accepté, mais il est sous contrôle judiciaire jusqu’à l’audience. 

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