Appel à se mobiliser contre les Centres de Rétention

A celles et ceux qui nous disent «c’est la loi asile et immigration qu’il faut modifier», nous répondons: «c’est le CESEDA, Code des étrangers, du séjour des étrangers et de la demande d’asile, qu’il faut abolir»

A celles et ceux qui nous disent «c’est contre l’allongement de la durée de rétention qu’il faut lutter», nous répondons: «ce sont les Centres de Rétention qu’il faut faire fermer».

A celles et ceux qui nous disent «il faut des expulsions à visage humain», nous répondons «ce sont les déportations auxquelles il faut mettre fin, ou les policiers qu’il faut déporter».

Tout cela peut sembler bien extrême aux oreilles de celles et ceux qui ont des papiers. Pour celui ou celle, occidental.e, blanc.he., qui a voyagé où il.elle a voulu, qui s’est installé.e, sans jamais être inquiété.e pour ses papiers.

Mais le CRA est une réalité bien connue par telle travailleuse en France depuis un mois ou depuis quinze ans, sans papiers. Par tel demandeur d’asile qui vient d’arriver ou qui attend une régularisation depuis déjà 3 ans. En somme, toute personne qui n’a pas de papiers.

C’est une réalité bien connue, notamment par celles et ceux qui viennent de pays excolonisés, maintenant néocolonisés.

Parce que le CRA a gagné en banalité dans le quotidien de l’Etat français ce qu’il perd toujours comme violence reconnue dans le milieu militant anticarcéral, et même dans le milieu militant dans son ensemble, souvent trop sourds aux questions de racisme d’Etat et décolonisation.

Le CRA est une partie nonnégligeable du système carcéral. Il faut le dire: le CRA est une prison. Et au même titre que nous luttons pour la fermeture des prisons, nous luttons pour la fermeture des CRA. La lutte anticarcérale et pour l’égalité des droits ne saurait avoir d’angle mort.

Ce n’est d’ailleurs pas une institution isolée du système carcéral. Avec 50% d’étrangers dans les prisons franciliennes, le CRA est souvent la destination finale de la maison d’arrêt ou de la maison centrale. Après la détention, la rétention. Détenus puis retenus. Mécanisme de double peine: tu paieras pour ce que tu as fait et pour ce que tu es. Mécanisme instauré en 1945 car il est des corps qui ne méritaient pas d’être libérés, en France comme à Setif ou en Kanaky.

Enfermés parce que racisés, enfermés parce que pauvres, soumis au régime de déportation autant qu’à l’arbitraire de la violence policière à l’ombre des murs du CRA. Telle est la condition des étrangers illégalisés en France métropolitaine et surtout dans les dits Territoires d’Outre Mer. Aux indignés de la 25è heure, aux castors qui font barrage un dimanche tous les 5 ans, à celles et ceux qui ne font que signer des tribunes ou se révolter sur Facebook, aux députés aussi collaborateurs qu’ignorants, qui ont voté la loi ou qui ont fait mine de la déplorer, de découvrir que «maintenant on enferme les enfants», nous affirmons: «honte à vous». Qu’ils aillent rendre visite aux retenus et aux détenus, qu’ils se rendent compte que le nombre d’enfants en rétention a été multiplié par 7 de 2013 à 2017. Nous ne comptons plus les automutilations, les tentatives de suicide, les passages à tabac, en rétention et en déportation. Fautil autre chose pour qualifier la rétention de violence d’Etat? Violence d’Etat qu’ont subi Mohammed Moussa, drogué et expulsé au Soudan, M. algérien assassiné par la police dans un avion Air France au Danemark, Farhad, tabassé, Fettoumah, qui s’est jetée d’une sixième étage lors de sa rétention, hospitalisée et libérée parce qu’entre la vie et la mort pour que la police n’ait pas à en assumer le verdict.

Car ce n’est pas seulement tel coup de matraque dans un couloir vide qu’il faut dénoncer. C’est la complicité du système judiciaire, qui non seulement couvre la police, mais en plus établit la rétention et la déportation comme l’aboutissement normal de la vie d’un sans papiers en France, dans le chaînon triptyque de l’accueil à la française après la rafle.

Ce n’est pas seulement telle juge, Présidente de la Cour d’Appel de Paris, qui a décide de ne pas libérer plus de 3% de retenus par simple esprit de fascisme. Ou tel autre, Tony Skurtis, plutôt juge de la détention que de la liberté, qui enferme sans exception.

C’est le rôle de l’institution judiciaire comme force de légitimation, comme pratique finalement policière, par le contrôle qu’elle impose, la surveillance qu’elle exerce et les décisions qu’elle prend, qu’il faut dénoncer.

Dès lors, le mythe du «changer de l’intérieur» peut vite se transformer en collaboration réelle. S’il doit y avoir une présence en CRA, cette présence doit être handicapante, paralysante, et ne peut se situer que dans une perspective abolitionniste.

Il n’y a pas de CRA à visage humain. Encore une fois: ce n’est pas le coup de matraque qui fait la violence d’Etat. C’est le mur et ses barbelés. C’est l’avion et son escorte policière. C’est le tribunal et son juge raciste.

C’est le système, pas l’exception au système. C’est la structure, pas la bavure.

Aussi, nous allons au CRA chaque semaine. Nous allons au CRA comme nous soutenons la résistance palestinienne. Le lien n’est pas anodin: ce qu’il se passe à gaza aujourd’hui nous rappelle qu’Israel est première en matière d’expérimentation des techniques d’enfermement des populations indésirables et jugées dangereuses.

Aussi, le premier enjeu politique consiste à faire connaître la réalité du CRA et à soutenir les retenus. Rendre visite, écrire, se rendre disponible. Témoigner des réalités vécues derrière les barreaux.

Offrir la possibilité d’une parole politique à celles et ceux que l’on fait taire, traduire, imprimer, se faire l’écho et la base arrière des rébellions, des grèves de la faim et des mutineries. En somme, faire ce qui n’a pas été prévu, faire dérailler le wagon.

Le second enjeu consiste à mettre des cailloux dans les rouages pour que le wagon qui a déraillé ne puisse revenir sur le droit chemin. Manifester devant le CRA, faire des parloirs sauvages, exercer une pression constante sur la police, empêcher les avions de partir avec les retenus. Manifester dans les aéroports, pourrir les compagnies aériennes par des campagnes de dénonciation.

Alors seulement nous pourrons jeter les bases d’un mouvement anticarcéral abolitionniste.

La Chapelle Debout

16 mai 2018

Si vous souhaitez nous rejoindre dans la lutte, contactez nous sur le mail collectif.lachapelle.debout@gmail.com

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