La police s’est arrêté pendant 20 minutes y avait du soleil on n’avait pas le droit de respirer

Témoignage de Baye Fall, 2018

Arrestation

On m’a arrêté le 8 juin. Le matin, je partais au travail, la police m’a arrêté et m’a demandé ma carte de séjour mais je n’avais pas de carte de séjour. Ils ont vu le papier que l’Allemagne m’a donné quand j’ai demandé l’asile là-bas, après ils m’ont dit c’est une carte de séjour, je leur ai dit que non c’est une demande en Allemagne. Ils m’ont dit, tu pars où ?  J’ai dis, je pars au travail. Est ce que tu as une adresse ici ? J’ai dit oui j’ai une copine ici j’habite avec elle. J’ai fais un an en Allemagne, un an en France, et je vis avec elle, l’adresse est là. Il y avait 3 policiers, une fille et deux garçons, y a un noir. Les policiers blancs ils m’ont dit ok va au travail comme tu es en retard, vas au travail, parce qu’il est 7 heures du matin, j’ai dit ouais ok. Je commençais à partir et le policier noir m’a appelé il m’a dit non comme tu as pas les papiers tu dois nous suivre. J’ai dit OK pas de problème et je suis parti avec eux. Ils m’ont fouillé et après on est parti à la police dans le 12ème arrondissement. Dans la voiture, on était 11 personnes. J’ai entendu les policiers qui disaient on est à combien aujourd’hui ? Et un policier a dit, on a 11 personnes. J’ai entendu le policier noir qui m’a arrêté dire oui on a gagné. Et je leur dit on a gagné quoi, juste pour arrêté les gens et tout ça, des sans papiers, on a gagné quoi ?

Après on est parti là-bas, ils ont pris mes empreintes, ils m’ont demandé si j’avais un avocat, j’ai dit non j’ai pas d’avocat.

Je suis resté là-bas jusqu’à 16h et après ils m’ont enregistré, ils m’ont même pas écouté, ils m’ont dit il faut que tu signes ici, j’ai dit non, parce que j’ai pas compris, il faut que je lise avant de signer, il y a une policière qui m’a dit non, on t’a arrêté t’es sans papier, tu dois partir au CRA. J’ai dit CRA, je connais pas CRA, c’est quoi ? C’était la première fois que j’entendais le mot CRA, je savais pas. Elle m’a dit centre de rétention tu dois partir là bas. J’ai dit comment mais je dois lire les papiers que tu m’as donné parce que je comprends pas. Elle m’a dit non comme on t’a arrêté tu dois forcément partir là-bas. J’ai dis ok y a pas de problème. Il y avait un autre policier qui m’a entendu qui a demandé mon adresse je lui ai donné et après ils sont partis avec moi, ils m’ont menotté dans la voiture, et on est parti jusqu’au CRA. C’était le 8 juin, le même jour. Vers 16h05 je suis arrivé au CRA. C’était ça le commencement quoi et c’était dur, dur, dur même parce que c’était la première fois de ma vie que la police m’arrête et me demande des trucs comme ça franchement mais c’était trop dur pour moi quoi.

Centre de rétention administrative CRA (Vincennes)

Quand je suis arrivé, j’ai vu beaucoup de gens là bas, il y avait beaucoup de personnes, beaucoup de nationalités différentes, beaucoup de Sénégalais, des Maliens, des Ivoiriens, des arabes aussi, des maghrébins. On est arrivé, les Sénégalais m’ont accueilli, ils m’ont expliqué comment ça se passe. Je comprenais rien, c’était la première fois, je comprends pas quoi. Après on nous a donné une chambre avec d’autres personnes, j’étais avec un Malien, et il y avait beaucoup de monde et les repas ne sont pas bons, on ne mange pas très bien.

La journée on fait rien car on n’a pas le droit d’avoir de téléphone avec internet ou wifi dedans on a juste un petit téléphone juste pour appeler et répondre. La journée tu manges après tu dors, jusqu’à 18h. On te réveille tu manges le soir et tu regardes la télé après tu vas dormir encore, tu fais rien ou bien des fois tu discutes avec tes amis. Juste ça. Toute la journée on fait rien du tout, rien du tout.

Y a des policiers sympas et d’autres moins qui nous traitent comme des criminels. Y en a ils sont trop sympas, ils nous conseillent et même quand tu pars au jugement ils te donnent du courage mais y a d’autres franchement c’est n’importe quoi. Ils te maltraitent, ils croient que tu es un criminel, ils te surveillent de gauche à droite, ils croient que tu vas faire des bêtises, ils te respectent même pas, tu demandes quelque chose ils refusent.

Les violences policières

J’ai vu un marocain, qui a été frappé, il était même malade. Ils l’ont frappés parce qu’ils se sont disputés. Ils ont dit t’as pas le droit de faire ça, t’as pas le droit de faire ça… Il a dit oui on a le droit de faire ça, ils se sont disputés et après le policier l’a frappé, il a appelé les renforts, les gens ils sont venus ils l’ont frappé. Ils étaient au nombre de 4, 3 hommes et une fille. La fille elle appelait les autres en renfort. J’étais un témoin, j’étais à côté d’eux.

Ils le frappaient à coups de poing, ils frappaient partout. Et le marocain il a commencé à se défendre. Les autres marocains ils sont venus, ils commençaient à faire des trucs aussi. Les policiers sont venus et après ils les ont arrêtés. Après le gars ils l’ont mis en garde à vue pour 48 heures. Quand il est revenu il avait des traces.

Les retenus

Il y avait un vieil Algérien, il m’a dit il a fait 40 ans en France, quand il est venu il avait 32 ans, il a 72 ans. Il y avait un autre vieux aussi, la cinquantaine. Je suis sorti avant lui mais un ami m’a dit qu’il a été renvoyé en Algérie. Il a fait 40 ans ici et on l’a arrêté comme ça quoi. Il y avait un vieux russe, de 65 ans aussi, il était en France depuis 4 ou 5 mois. Il a fait 44 jours de CRA. Il a dit qu’il risquait sa vie en Russie, c’est pourquoi il est venu en France pour demander l’asile mais il a été expulsé en Russie.

Les repas

Là bas on n’a pas le droit de manger le matin. On mange à midi, on nous donne des plats, y a du riz de la salade, et du pain aussi, des trucs comme ça et après le soir vers 18 heures on nous donne les mêmes trucs aussi et j’ai entendu une femmee qui travaille là bas qui m’a dit ça secrètement, y a des trucs qu’on met sur les repas, si tu as de l’argent ne mange pas ces repas là, parce qu’on met des trucs pour que vous dormez, pour pas avoir de force… parce que moi je me souviens à chaque fois je dors, nous tous on dort on n’a pas la force on dort tous les jours, c’est une policière qui m’a dit ça. Elle m’a dit si tu peux éviter de manger ces repas là il faut l’éviter c’est pas bon. Mais après comme on n’a pas d’argent, on est des sans papier on travaille pas, il faut qu’on mange, c’est ça il faut qu’on mange.

Si tu as de l’argent tu achètes des biscuits, y a une petite boutique là bas qui ouvre de 9h jusqu’à 11h voire midi et de 20h jusqu’à 21h tu peux acheter des biscuits, du coca cola des cigarettes ou des trucs comme ça ou bien si tu as des visites eux peuvent t’amener des choses à manger mais juste des biscuits on n’a pas le droit d’avoir du riz ou des choses comme ça quoi. Et c’est pas tous les jours qu’on a des visites. Donc tu manges ce que tu as et après…

Là-bas on te donne une carte avec ta photo et on te donne un ticket à l’accueil, avec tu pars à la cuisine et après c’est eux qui vont te donner à manger. C’est des personnes différentes mais y a des gens sympas. Un jour je me suis disputé avec une dame, parce qu’elle m’a traité de gourmand et moi je suis pas comme ça. Parce qu’elle donne les yaourts moi j’ai oublié de le prendre j’y suis retourné et elle m’a dit non tu es resté une heure de temps pour recevoir ton truc qu’est ce que tu veux que je te donne de plus. Mais le yaourt tu ne m’en a pas donné, c’est un yaourt qui coute même pas 50 cts. Elle m’a dit non je t’ai donné, vous les africains vous êtes comme ça… Elle c’est une algérienne, elle me dit vous les africains, les sénégalais vous êtes comme ça gourmands des trucs comme ça. Il faut pas me traiter comme ça moi je suis pas comme ça, on vient juste de se connaître ici, tu travailles moi je suis là, ne me traite pas comme ça. Après elle me dit, ça fait une heure de temps que tu es à, tu es passé deux fois… j’ai dit non et nous on a le droit de manger une seule fois ici et comment je peux venir deux fois ? Y a une policière qui est venue qui a parlé avec la dame et qui a dit non ce monsieur-là il vient juste d’arriver y a même pas 5 minutes donc si il a demandé un yaourt tu as le droit de lui donner mais t’as pas le droit de le traiter comme ça. Je me suis énervé je l’ai traitée de sale raciste et j’ai regretté car c’est une personne comme moi mais je l’ai traitée de tous les noms franchement. Ils favorisent franchement leurs compatriotes quoi. La dame là, elle donne des trucs en cachette mais ça c’est pas mon problème, c’est pas grave pour nous mais aussi y a des femmes là-bas qui sont très sympas, mais elle, elle est n’est pas trop sympa franchement elle était trop raciste elle voulait même pas me voir, elle était trop raciste. C’est n’importe quoi je ne peux même pas expliquer des trucs comme ça car ça me fait mal très mal.

Les parloirs

Dans les parloirs on est avec des policiers à côté. Ils écoutent tout. Un jour ma cousine est venue me voir, on parlait et y a un policier qui m’a dit Monsieur ce que tu dis là c’est pas bon, tu dois pas dire ça, c’est pas normal, c’est la loi…  Après ils ont même commencé à discuter entre eux. J’ai dit c’est pas la peine quoi. Après un visiteur a dit à la policière t’as pas le doit de m’écouter quand même j’ai le droit de parler avec lui quand même. Normalement c’est 30 minutes mais ce jour là c’est 20 minutes tu dois quitter. Elle habite Orly elle est venue jusqu’ici pour me voir mais c’était pas trop bien… Un jour ma copine aussi s’est disputée avec les policiers parce qu’il voulait la fouiller, ils se sont disputés.

Vous avez le droit de vous toucher les mains, de parler, de faire des câlins, y a des policiers ils disent non t’as pas le doit de faire ça et y a des policiers qui sont sympas ils te disent rien tu fais ta vie après y a pas de problèmes.

Et aussi ce qui m’étonne c’est l’accueil, là où on met les visiteurs, moi franchement ça me fait très, très mal. Quand je suis retourné là-bas chercher mes bagages, ce n’était pas trop bon pour les visiteurs. Ils restent au soleil, y a pas de toilettes, on vient vous annoncer les gagnants d’aujourd’hui. Le gagnants d’aujourd’hui ça veut dire quoi : les gens qui ont gagné d’aller voir les retenus, venez ! Et il prend 2, 3 personnes, 3 personnes maximum ils font 30 minutes sauf le samedi et le dimanche c’est 20 minutes.

Juges

Quand tu as rendez-vous avec le juge à 9 heures, ils te réveillent à 7 heures du matin. Tu dois attendre jusqu’à 9 heures pour partir. Tu as rien le droit de faire, tu dois rester à côté, tu ne fais rien du tout, on te donne même pas à boire. Moi je suis parti 4 fois en jugement y a une fois je suis parti avec des gens, des blancs, avec des filles, des meufs qui m’ont donné des trucs, à boire à manger. Y a des policiers franchement ils sont sympas.

Le 1er jugement n’était pas très bon parce que les policiers ont fait n’importe quoi là-bas. Je leur avait donné mon adresse mais ils en ont écris une autre. Le juge m’a dit tu es en France et tu as deux adresses, donc tu dois partir en Allemagne. J’ai dit Ok mais moi j’ai pas signé ça, il y a même écrit « refus de signé », moi j’ai une seule adresse là où je vis avec ma copine, et l’adresse est là et ma copine est là devant toi monsieur le juge. Il a dit non, tu as deux adresses différentes, tu dois partir en Allemagne. J’ai dit y a pas de problème, si l’avion part aujourd’hui je pars avec y a pas de problème.

J’avais un vol prévu le 6 juillet, mais le juge m’a libéré à mon second jugement le 30 juin parce qu’ils avaient oublié de me donner un papier, qui s’appelle brochure, que je devais lire et signer mais je ne l’ai pas lu ni signé.

Les allemands ont accepté mon transfert le 21 juin et moi je l’ai reçu le 26. J’ai dit c’est pas normal que je le reçoive le 26, la policière m’a dit si et tu dois signer. J’ai dit est ce que je peux lire avant de signer elle m’a dit non tu as pas le droit. Tu signes et après tu pars dans ta chambre. J’ai dit il faut que je lise je peux pas signer il faut d’abord que je lise. Elle m’a dit non il y a beaucoup de gens ici qui attendent tu dois partir tu prends tes papiers, tu signe et tu pars. Mais comme c’est la police on ne peut rien faire, j’ai signé, je ne savais même pas ce que je signais mais j’ai signé. Mais ils ont oublié de me donner la brochure, et l’avocat il a plaidé sur ça. Le juge a demandé à l’avocat du préfet est ce que vous avez la brochure ici avec vous. Il a dit non. Après le juge m’a libéré.

Et moi ce qui m’étonne le plus, c’est quand tu pars au jugement. On te mets dans une voiture de police et on ferme les portières comme un tueur ou bien un criminel peut-être qui a tué des centaines de personnes. On te ferme la porte t’as pas le droit de respirer y avait un jour même un jour un sénégalais il risquait de mourir parce qu’il faisait trop chaud. Il y avait deux policiers dans la voiture un devant et un à côté de nous. Ils ferment la voiture avec deux verrous un en haut de la portière et un en bas et il y avait des petites grilles et une fenêtre et même si tu respires tu n’arrives même pas à respirer. La police s’est arrêté à côté de la porte de Clichy pendant 20 minutes y avait du soleil on n’avait pas le droit de respirer même moi ça me faisait trop mal. Parce que la voiture était trop chaud, il faisait trop chaud ce jour là, il faisait 30 ou 35 degrés ce jour-là, on n’arrivait même pas à respirer.

Le gars a demandé monsieur le policier s’il vous plait est ce que vous pouvez ouvrir les fenêtres pour que l’on puisse respirer et ils n’ont même pas répondus. Ils ont dit non attendez quelque minutes dans 20 minutes on va partir… C’était très dur.

Mais quand on est sorti, eux ils donnent même pas de l’eau pour boire, c’est ça le problème, t’as pas le droit de boire, même au tribunal ils ne te donnent pas de l’eau. On te donne juste un petit truc que tu manges, un petit bout de pain mais on te donne pas d’eau pour boire. Ce jour là, le gars il risquait de mourir franchement, c’était trop dur pour lui. Finalement on est arrivé, il avait transpiré, il était énervé il a même commencé à insulter les policiers c’est moi qui l’ait calmé.

Y a des juges qui sont sympas, franchement le juge qui m’a libéré il était trop sympa. Mais le plus grand problème ce sont les avocats commis d’office, des avocats qui ne te respectent même pas qui ne te défendent même pas alors que tu as des arguments. Parce qu’ils respectent pas tes droits depuis la police jusqu’au cra. C’est l’assfam qui t’aide l’avocat il te dit rien. D’accord ce n’est pas un avocat que tu as avec tes propres moyens mais c’est un avocat que l’état t’a donné il doit te défendre. Et il n’a rien fait du tout. Mais les juges aussi ça dépend si ton avocat joue bien avec toi, peut être il peut te libérer, mais si il fait pas son travail, le juge il ne peut rien faire. Mais moi mon avocat il était trop bon.

Il faut que les gens pensent que les sans papier sont des êtres humains, moi je ne suis pas un criminel, je suis pas un voleur, je suis juste un sans papier qui vit en France mais ils savent pas qu’on nous met dans des conditions horribles. Un sans papier c’est un sans papier, soit tu le libères, soit tu les renvois dans son pays ou là où il a fait sa demande d’asile mais les procédures sont trop longues. Moi je suis d’accord pour qu’on emprisonne les voleurs, les criminels mais pour les sans papiers juste parce qu’il n’a pas de papier ça pour moi c’est du n’importe quoi. Et là bas tu vis avec les voleurs, avec les criminels, qui mettent ta vie en danger à n’importe quel moment, y a des jeunes qui n’ont pas la force de se défendre et les policiers ils ne peuvent rien faire, si ils vous battent ils s’en foutent. Y a des gens c’est eux qui font la loi, pour moi à mon avis les centres de rétention franchement ici ils devraient même, peut être je sais pas comment ils devaient faire… je sais pas mais… je sais pas ce qu’ils peuvent faire mais c’est autre chose quoi, c’est autre chose.

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